L’itinérance : des satisfactions au quotidien

« Je ne pourrais jamais faire ce que vous faites », « passer la journée à trier des papiers dans des caves et des greniers, ça ne doit pas être très drôle », « il faut faire des études pour faire ce que vous faites ? », « vous devez vraiment être passionné pour passer vos journées à tirer tous ces papiers ! ».

Je ne compte plus le nombre fois que j’ai entendu ce type de phrase dans les communes voire dans les repas de famille, ou plutôt j’ai arrêté depuis bien longtemps de les compter. Généralement, elles sont toujours suivies d’un « mais ce n’est pas méchant » ou « je ne vous ai pas vexé j’espère ? ». Bien sûr que non voyons pourquoi serais-je vexé ??

Être archiviste itinérant.e, c’est être confronté à ces moments-là, c’est surtout un métier où l’humilité est une nécessité… Mais c’est avant tout une passion, peut-être même un sacerdoce dans le sens le plus noble du terme : un dévouement aux archives qui apporte bien des satisfactions au quotidien.

Une vocation épanouissante

En entrant pour la première fois dans un local débordant d’archives abandonnées depuis des années, un sentiment nous envahit tout de suite : le désespoir. Non, pas le désespoir, c’est un peu fort quand même. Allez, disons une sensation de détresse et de boule au ventre de type « mais que s’est-il passé ici ? Un ouragan ? Un tremblement de terre ? »

Photos de locaux d’archives avant intervention     © Service Archives CDG 24

Petit à petit, en prenant son courage à deux mains, on se met au travail, boite après boîte, liasse après liasse, surveillé de près par les araignées accrochées à leurs toiles resplendissantes, et même quelques pigeons parfois… Et vous savez quoi ? Malgré nos doutes, nos moments de découragement, on y arrive toujours. Et après quelques jours, quelques semaines ou quelques mois de travail, on goûte enfin à la satisfaction de voir des étoiles dans les yeux des secrétaires de mairie s’exclamant « mais ce n’est pas possible vous êtes un magicien ». Eh oui David Copperfield c’est moi ! Bon si vous ignoriez qui est David Copperfield, c’est que : soit vous ne vous intéressez pas à la magie, soit j’ai décidément vieilli. Ce n’est pas la peine de répondre…

Photos de locaux d’archives après intervention     © Service Archives CDG 24

Le dernier rempart contre les saccages du temps

Je ne sais pas si l’archiviste itinérant.e est un.e magicien.ne ou un.e sorcier.ière, mais c’est sans contestation possible un.e dénicheur.se de trésors enterrés depuis des décennies… Pour moi, une des plus grandes satisfactions de ce métier est de découvrir au fil de nos pérégrinations des documents historiques de haute valeur, de les sauver des greniers poussiéreux et des caves humides. Cette sensation d’être utile, un rempart contre l’oubli, se matérialise quand, au détour d’un vrac d’archives abandonnées de toutes et de tous, se révèlent les traces de l’histoire ou d’une histoire : un plan de bâtiment du 19ième siècle, la photo d’une équipe sportive, un morceau de tissu porté par un enfant le jour de son abandon, l’acte d’achat par la commune d’un couvent religieux devenu bien national après la Révolution, etc.

Plan du projet de maison d’école de Milhac de Nontron, 1864 © Service Archives CDG 24
Acte d’acquisition du couvent des Récollets par la commune de Thiviers, 1791 © Service Archives CDG 24
Registre de soumission des prêtres constitutionnels de la commune d’Angoisse, An 4
 © Service Archives CDG 24
Photo de l’équipe de football de la commune de Payzac  © Service Archives CDG 24

Le quotidien de l’archiviste itinérant.e n’est pas toujours évident et pourrait même parfois décourager. Mais que sont quelques caves humides, quelques greniers poussiéreux comparés à la découverte de ces documents historiques que l’on sauve de l’oubli et du privilège de les parcourir des yeux, même quelques minutes seulement ? Georges Courteline écrivait dans Messieurs les ronds-de-cuir, paru en 1893 : « Il passait d’exquises journées à galoper de son cabinet aux archives, où il s’éternisait inexplicablement ». Inexplicablement ? Vraiment ?

Julien Belly

Co-pilote du groupe de travail des archivistes itinérant.e.s de l’AAF

Archiviste itinérant au CDG 24