Mon sac à dos d’itinérante n’aura jamais eu autant de sens qu’en ce mois de mai 2025, alors que je me rendais à la Réserve de Faune de Santchou (Cameroun) pour une mission de formation aux techniques d’archivage.
L’aventure a commencé le 31 décembre 2024, le jour où une amie m’a envoyé un lien menant vers une annonce de Planète Urgence, une ONG militant en faveur de la biodiversité et à la recherche un·e volontaire pour proposer une formation sur les techniques d’archivage au profit de la Réserve de Faune de Santchou. À la lecture de l’offre, j’ai constaté que je pouvais correspondre au profil recherché puisque l’intervention portait sur des tâches similaires à celles que je rencontre dans mon quotidien d’itinérante en collectivités : sensibilisation, formation, accompagnement à l’archivage papier et bureautique, etc.
Convaincue que je ne pouvais passer à côté d’une telle opportunité, j’ai candidaté en début janvier et ai été acceptée quelques jours plus tard.
La mission se déroulant en mai, j’avais donc peu de temps pour préparer la formation. Mais une itinérante doit s’adapter en toutes circonstances et ne jamais manquer de ressources.
J’ai donc commencé par faire appel des experts, en contactant des professionnels connaissant bien le système d’archivage au Cameroun. Grâce à des associations comme APIDCA ou Archivistes leaders international et plusieurs archivistes travaillant à Douala, j’ai rapidement pu trouver des outils me permettant d’avoir quelques connaissances en gestion des archives au Cameroun. La loi n°2024-001 régissant les archives au Cameroun (que j’ai épluchée en long, en large et en travers) a notamment servi de point de départ à la structuration de la formation.
J’ai ensuite sollicité des archivistes ayant l’expérience de missions du même acabit et réalisées partout dans le monde. Sur ce point, la section française d’Archivistes Sans Frontieres a été une aide plus que précieuse en devenant le partenaire financier de ce programme. Durant toute la durée de la mission, j’ai également pu parler davantage de ce projet via un carnet de bord diffusé sur le site de l’association et que j’alimentais chaque jour. J’y développais notamment tous les éléments techniques de la formation (lieu, participants, programme, etc.).
Le 18 mai 2025, je m’envolais en direction de Santchou pour une durée de 2 semaines.

La Réserve de Faune de Santchou est une aire protégée du Cameroun créé en en 1947 en tant que réserve forestière par l’arrêté n°262 du 27 juillet 1947. Elle est convertie en réserve de Faune en 1987 du fait de la variété et de la densité de son peuplement animal, particulièrement des éléphants nains et des buffles nains. Malheureusement, la pression démographique croissante et le braconnage ont entrainé leur migration vers le Sud-Ouest. Aujourd’hui, selon les captures des caméras posées en 2025, des pangolins, des singes, des céphalophes bleus, des sitatungas, des mangoustes, des civettes et des oiseaux migrateurs se trouvent encore présents, mais sont des espèces hautement en danger pour certaines (les pangolins par exemple). La réserve est également menacée par le défrichement de ses espaces pour y produire du cacao, du café et exploiter son bois.

Ma mission consistait à aider le personnel de la réserve à organiser et conserver ses documents essentiels pour :
- – assurer une meilleure accessibilité aux informations ;
- – favoriser la communication des bonnes pratiques de conservation de la biodiversité ;
- – optimiser la transparence des actions menées par la réserve ;
- – et faciliter la prise de décision et l’évaluation des actions menées.
La formation s’est déroulée sur 6 jours (soit 30 heures) et a permis d’aborder les thématiques suivantes :
- – les fondamentaux des archives et l’analyse de la loi n°2024-001 ;
- – les principes archivistiques ;
- – le diagnostic/audit des archives papier et bureautiques (outil cher aux itinérant·e·s français·e·s et facilement transposable au contexte camerounais, avec quelques adaptations bien sûr) ;
- – la collecte, la conservation et la communication ;
- – le tri et l’élimination ;
- – le classement, le conditionnement et la cotation définitive.


Chaque journée de formation était divisée en deux parties successives, la première portant sur des notions théoriques et la seconde consistant en un atelier pratique.
Au total, 18 participant·e·s ont bénéficié de ce programme qui a également permis de traiter le fonds d’archives de la Réserve de Faune de Santchou.
Toutefois, une fois la mission terminée, j’ai eu la sensation de na pas avoir pu répondre pleinement aux besoins de mes interlocuteur·rice·s. Par exemple, nombre de thématiques n’ont pas été abordées, faute de temps, dont celle des archives bureautiques. En outre, en échangeant avec certain·e·s participant·e·s, les contours d’autres futurs projets d’archivage se sont dessinés (à Santchou mais aussi à Dschang, une autre ville située non loin).
Malgré tout cette mission aura au moins permis de prouver que l’itinérance ne s’arrête pas aux frontières de l’hexagone et qu’elle ne se limite pas au cadre professionnel.
L’aventure d’un sac à dos au Cameroun est donc loin d’être terminée…

… à vrai dire, elle ne fait que commencer.
Mia Viel, archiviste itinérante


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